Mille milliards de mille millions de mille sabords !

 

Le meilleur moyen de braquer un interlocuteur n'est-il pas de commencer par lui expliquer que c'est un âne, qu'il n'a rien compris, et que de toute façon il va disparaître ? La réflexion sur l'avenir du business de la musique n'en est plus (ou ne devrait plus en être) à ce stade primaire de quasi déni de l'existence de l'autre.

Mettons un instant de côté tout le bruit fait autour du projet de loi Création et Internet et essayons d'entendre ce que Vincent Frérebeau et ses pairs de l'UPFI ont à nous dire. Cela tient en quelques mots : « Ne nous laissez pas crever ! »

Derrière les velléités de montrer les muscles, d'essayer de faire passer des projets de loi jugés "liberticides" et autres réactions de survie instinctives en paroles ou en actes, c'est le désespoir de toute une profession qui remonte à la surface.

Faut-il rappeler les milliers de licenciements qui l'ont frappée ces dix dernières années ? Les centaines de labels et les dizaines de distributeurs indépendants qui ont mis la clé sous la porte ? Les milliers d'artistes qui se sont retrouvés subitement sans label ni le moindre contrat discographique ?

Je ne pense pas qu'on puisse reprocher aux labels indépendants, que Vincent Frérebeau représente désormais en France, d'avoir été frileux. N'étaient-ils pas prêts à signer des accords avec Napster dès l'an 2000 ? N'ont-ils pas soutenu des modèles de distribution originaux comme celui d'eMusic (abonnement sans DRM) ? Ne furent-ils pas les premiers à renoncer aux protections contre la copie sur les plateformes de téléchargement ?

Ne sont-ils pas, aussi et surtout, les garants de cette diversité musicale que chacun appelle de ses voeux sur Internet ?

Je peux comprendre qu'un producteur (un indépendant dans 9 cas sur 10) finisse par être exaspéré de voir ses perspectives d'amortir ses investissements dans le développement de nouveaux talents se réduire d'année en année comme une peau de chagrin.

Je peux comprendre également l'exaspération de l'internaute dont on assimile les usages (accéder à un large choix d'oeuvres, échanger des contenus avec d'autres) à du piratage alors qu'on ne lui propose aucune alternative légale digne de ce nom susceptible de transformer ces mêmes usages en modes de consommation légitimes.

C'est en juxtaposant ces deux sources de frustration et en les reconnaissant toutes les deux comme légitimes que l'on commencera à entrevoir des solutions.

Mais mille milliards de mille millions de mille sabords !

L'équation de ce métier est depuis toujours simple : mon choix artistique est adapté aux attentes du marché, je passe l'hiver. Je me trompe, je deviens directeur artistique à l'ANPE.

Il y a eu de tout temps des contrats rendus et des départs "anticipés". Relisez l'histoire d'EMI de Pathé à nos jours, vous serez édifié. Et monsieur Frèrebeau est le plus mauvais exemple des victimes d'internet... C’est l 'instantanéïté du web qui a fait, du jour au lendemain, de Yael Naïm une célébrité planétaire . Combien de downloads iTunes ont été générés par la pub McAir?

Question subsidiaire : combien d'années a-t-il fallu aux Beatles pour être connu en Malaisie?

La production et la distribution au sens que nous avons connu est morte tuée par l'évolution naturelle mais qui se plaindrait de la disparition de l'affuteur de couteau avec sa bicyclette et sa meule? a-t-il crié si fort, a-t-il demandé une loi contre les couteaux à dents?

Je répète et signe que "produire des disques" est un métier à hauts risques mais à retours sur investissement colossaux "quand çà marche".

Encore faut-il, avant de crier au loup, se donner tous les moyens pour que "çà marche" et notamment de faire d'internet et des internautes, des alliés et même des amis.

Et par définition, un ami, ça ne fustige pas....
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